Rodrigues ne connaît pas l’urgence. Mais en septembre, l’île ralentit encore plus. Les arbres ploient sous le poids des fruits mûrs, les routes sentent la mangue chaude, et tout le monde attend le bon jour pour cueillir. Personne ne force la nature. On attend que les litchis soient prêts, que les papayes tombent d’elles-mêmes.
Mélanie m’a appris à reconnaître une mangue prête. Ce n’est pas la couleur — certaines restent vertes même mûres. C’est le parfum. Quand l’odeur monte jusqu’à vous sans que vous ayez besoin de vous approcher, c’est le moment. Pas avant. Pas après.
Le manguier de Nassola
Dans notre jardin, il y a un manguier qui a plus de quarante ans. Chaque année, il donne entre deux cents et trois cents fruits. Certains tombent seuls, d’autres attendent qu’on vienne les cueillir avec une perche. Les premiers tombés vont aux oiseaux. Les suivants, à nous.
Les hôtes me demandent souvent pourquoi on ne ramasse pas tous les fruits dès qu’ils sont mûrs. Pourquoi on laisse certains tomber. La réponse est simple : parce que ce n’est pas notre rythme qui compte, c’est celui de l’arbre.